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Témoignage - Semaine des services éducatif à la petite enfance, 2026

Une personne éducatrice à la petite enfance, épuisé dans un local sans les enfants.

*image généré par intelligence artificielle

Le texte qui suit est le témoignage d'une personne éducatrice. C’est avec beaucoup de générosité et de confiance qu’elle accepte que nous partagions son témoignage. Votre bienveillance habituelle est requise dans l'espace commentaire.


En tout temps, Valorisons ma profession accueil les témoignages du terrain afin de documenter la réalité et faire avancer la profession. Je veux témoigner


«Cher gouvernement.

Cher ministère de la Famille.


Bref, à qui faut-il réellement s’adresser pour parler du système des Centres de la petite enfance?


C’est bien beau de souligner la Semaine des services de garde éducatifs. Mais si vous voulez vraiment nous reconnaître, ça commence par nous soutenir à l’année.


Je me retrouve aujourd’hui chez moi, avec toute la culpabilité du monde, parce qu’en tant qu’éducatrice, on finit souvent seules dans notre local, jour après jour, à croire que c’est à nous de porter le système à bout de bras pour qu’il continue de fonctionner.


Moi, je me suis brûlée les ailes en essayant d’être un système à moi seule. Parce que j’ai crié à l’aide. Nos milieux essaient d’en demander aussi et de l’autre côté, cette aide-là n’est simplement pas disponible.


Et je sais que je ne suis pas la seule.


C’est justement pour ça que je prends la parole. Nous sommes nombreuses à vivre cette réalité.


Votre système de petite enfance ne tiendra pas longtemps si vous laissez toutes vos éducatrices s’épuiser. Bientôt, il n’y aura plus personne pour faire avancer le bateau.


Éducatrice, c’est une profession.


Un métier que j’aime profondément. C’est une passion d’accompagner les enfants, jour après jour. C’est un travail qui demande une présence constante, mentale et physique. Un travail où l’on se donne corps et âme.


Mais c’est aussi un métier où, malgré tout, ce n’est jamais assez. Jamais suffisant.


Ni pour le ministère.

Ni pour les directions.

Ni parfois pour certains parents.


Et ce n’est souvent pas intentionnel. Tous veulent ce qu’il y a de mieux pour leur enfant. Je garde toujours en tête qu’un parent veut le meilleur pour son précieux. Mais nous, nous sommes là pour le bien-être de chacun des enfants qui franchissent la porte chaque matin.


Depuis quelques années, le métier a changé. Les exigences augmentent, mais le temps, lui, n’a pas suivi et le salaire non plus. Les ressources quant à elles sont presque inexistantes.


On fait tout ce qu’on peut pour accompagner les familles, amorcer des démarches, chercher de l’aide et trop souvent, on fait face à des refus.

On donne tout ce qu’on a.


Et malgré ça, on a constamment l’impression que ce n’est pas assez.

Les familles sont, pour plusieurs, de plus en plus exigeantes. Elles oublient parfois qu’une éducatrice n’est pas là pour un seul enfant, mais pour cinq, huit ou dix.

La réalité du terrain ne suit plus les attentes.


Les enfants à besoins particuliers ou présentant de grands défis sont de plus en plus nombreux. Mais les solutions, elles, se font rares. Je suis entièrement en faveur de l’inclusion. Ayant une formation à la fois en éducation à l’enfance et en éducation spécialisée, je porte ce double regard. Par contre, pour que l’inclusion soit réellement bénéfique, elle doit être accompagnée de ressources adéquates.


On nous dit constamment ce qu’on ne peut pas faire, mais on ne sait plus toujours ce qu’on a le droit de faire.


Comment assurer la sécurité de tous, y compris la nôtre, dans un contexte où la violence en petite enfance est de plus en plus présente? Le mot « violence » semble parfois difficile à employer lorsqu’on parle d’enfants de moins de cinq ans, parce qu’ils sont petits et qu’on comprend aussi que derrière ces gestes se cachent souvent des besoins, des émotions, des défis ou une détresse qu’ils ne savent pas encore exprimer autrement. Mais malgré leur jeune âge, malgré les raisons derrière ces comportements, la réalité demeure la même. Certains gestes peuvent être dangereux pour les autres enfants, pour l’éducatrice, et parfois même pour l’enfant lui-même.


Au delà de ces comportements, il y a souvent des parents épuisés, parfois inquiets, à bout de souffle, qui essaient simplement de tenir le coup. De notre côté, nous voulons les soutenir, soutenir leurs enfants et leur permettre de respirer un peu.


On se retrouve donc déchirées.


Déchirées entre tous ces enfants qu’on aime profondément, qu’on veut soutenir, protéger et accompagner, alors que, trop souvent, la seule façon d’y arriver est de donner davantage à ceux dont les besoins dépassent parfois les mots et les diagnostics.


Et nous, au milieu, on tente de tout donner.

À chacun, avec culpabilité et avec intensité.


On divise notre énergie et on reste constamment en alerte. On veut que tout le monde soit en sécurité, que chaque enfant puisse vivre ses journées dans le bien-être et développer son plein potentiel.


C’est un métier qui déchire.


On le fait pour les enfants. Toujours pour eux, mais pour moi, une question demeure :


Est-ce que les exigences actuelles répondent réellement à leurs besoins ou à ceux des adultes?


C’est un travail surstimulant, du bruit constant, des questions sans fin et des interventions à répétition. 


Je n’ai pas perdu l’amour de mon métier, parce que c’est aussi des câlins, des réussites et des éclats de rire à profusion.


Je suis simplement déchirée.


Déchirée entre l’envie de continuer à offrir le meilleur de moi-même et le besoin de prendre soin de moi tout en prenant soin des autres.


Ce ne sont pas les enfants qui nous épuisent.


C’est le manque de ressources.

Le manque de soutien.

Le manque de compréhension.

Le manque de compassion.


Je vois des collègues fatiguées, épuisées.. Qui continuent malgré tout d’accueillir les parents et leurs enfants avec un sourire.


Je vois des éducatrices pleurer, des éducatrices qui auraient elles-mêmes besoin de répit, mais qui continuent quand même à donner le meilleur d’elles-mêmes.

Et pendant ce temps, l’opinion publique nous renvoie parfois l’idée que nous ne sommes peut-être simplement pas à notre place.


Comme si tout reposait sur nous.

Comme si nous devions être capables de tout régler seules.


Alors que c’est un problème de société.


On se remet en question.

On culpabilise.

On porte un poids immense.


Un jour, il faudra reconnaître que nous sommes humaines, nous aussi. Pas des machines, juste des humaines.


Et cette phrase, entendue au travail, résonne encore :


« J’ai atteint ma limite humaine. »


Je l’ai ressentie moi-même, mais l’entendre sortir de la bouche d’une collègue m’a déchirée une fois de plus.


Je veux quand même prendre le temps de remercier ces parents qui font une réelle différence. Ceux qui démontrent de la compassion, de la reconnaissance, et qui essaient d’en faire un peu plus avec nous, chaque jour.


Parce qu’au fond, ce qui manque le plus dans le système, ce n’est pas l’écoute.

Ce sont des solutions concrètes.


Alors aujourd’hui, je te le dis, ton système est brisé et il a besoin d’être réparé.

Rendu à un certain point, ce n’est plus uniquement à nous de nous adapter. Il est peut-être temps que ce soit le système lui-même qui commence enfin à bouger, à évoluer et à s’adapter à la nouvelle réalité des milieux de la petite enfance. »


Témoignage, éducatrice à la petite enfance, Québec, mai 2026


 
 
 

1 commentaire


Feeney
il y a 2 jours

Je suis tout à fait d’accord avec ce discours car moi même j’ai déjà vécu tout ça, c’est très difficile pour une éducatrice d’en venir about seule. Ils ont vraiment besoin de plus de soutien pour passer à travers.merci de trouver des solutions pour le meilleur de tous.🥹

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