Le partenariat entre les parents et les personnes éducatrices : Comment créer un équilibre dans les responsabilités partagées?
- Valorisons ma Profession
- 13 mai
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*Image généré avec intelligence artificielle
On affirme souvent que les parents sont les premiers éducateurs de leur enfant. C’est juste. Mais cette vérité devient incomplète si l’on oublie une autre réalité fondamentale : le développement d’un enfant se construit dans un réseau de relations. Aucun enfant ne grandit seul avec ses parents. Il grandit dans un écosystème humain.
Le psychologue du développement Urie Bronfenbrenner l’a démontré avec sa théorie écologique : l’enfant se développe à travers plusieurs systèmes en interaction constante. Il évolue d’abord au sein de sa famille, qui constitue son premier milieu de vie, puis dans le milieu éducatif où il poursuit ses apprentissages. À cela s’ajoute la communauté qui l’entoure, formée des relations sociales et du réseau local, ainsi que les institutions qui structurent et soutiennent ces environnements. L’ensemble de ces sphères s’inscrit enfin dans une culture plus large, qui influence les valeurs, les normes et les repères transmis à l’enfant.
Autrement dit, l’enfant n’est jamais influencé par un seul environnement, mais par les liens entre ces environnements. Et c’est précisément là que le partenariat avec les parents devient essentiel. Il ne s’agit pas simplement d’une bonne pratique relationnelle. Il s’agit d’un levier du développement de l’humain.
Au-delà d’une relation de service
Le partenariat avec les parents est parfois présenté comme une question de communication efficace ou de satisfaction mutuelle. Mais cette vision est réductrice. La relation entre familles et professionnelles de la petite enfance ne peut être pensée comme une simple relation de service. Parce qu’éduquer un enfant n’est pas une transaction.
C’est une co-construction.
Lorsqu’on réduit le parent à un usager et la personne éducatrice à une prestataire, on affaiblit ce que le partenariat devrait être : une alliance centrée sur les besoins de l’enfant. Cette alliance repose sur la confiance, la reconnaissance mutuelle et une forme de réciprocité. Elle demande aussi d’accepter que le partenariat ne signifie pas toujours accord parfait. Collaborer, ce n’est pas penser pareil, c'est chercher ensemble.
Deux expertises, un objectif commun
Le partenariat prend forme lorsqu’on reconnaît qu’il existe deux expertises. Celle du parent et celle de la professionnelle.
Les parents portent une connaissance intime de leur enfant : son histoire, ses besoins, son tempérament, ses repères affectifs.
Les personnes éducatrices apportent une compréhension du développement global, des interactions sociales, des processus d’apprentissage.
Ces expertises sont distinctes, mais complémentaires et l’enfant bénéficie de leur rencontre. Cette idée rejoint aussi la théorie de l’attachement, développée notamment par John Bowlby et approfondie par Mary Ainsworth. L’attachement sécurisant se construit lorsque l’enfant peut compter sur des adultes sensibles, cohérents et prévisibles.
Cela ne concerne pas seulement le parent. Cela concerne aussi les autres figures significatives qui prennent soin de lui. Les liens entre adultes deviennent alors partie prenante du sentiment de sécurité de l’enfant. Et cette perspective change notre regard sur le partenariat. Il ne s’agit plus seulement d’une relation entre adultes. C’est un élément du développement affectif de l’enfant.
Ce dont l’enfant bénéficie quand les adultes collaborent
Quand les adultes autour d’un enfant collaborent réellement, il y gagne en stabilité et est un besoin développemental souvent négligé/pas suffisamment reconnu.
Une cohérence entre la maison et le milieu éducatif soutien :
la sécurité affective;
la régulation émotionnelle;
l’adaptation sociale;
le sentiment d’appartenance;
et la confiance nécessaire pour explorer le monde.
Dans une perspective d’attachement, cette cohérence agit comme une base sécurisante élargie. L’enfant sent qu’il est porté par un réseau. Et cela a des effets durables. Les recherches en petite enfance montrent d’ailleurs que la qualité des relations précoces agit comme facteur protecteur pour la santé, les apprentissages et même le bien-être futur.
Autrement dit : Le partenariat ne profite pas seulement aux adultes, il soutient la construction même de l’enfant.
Les obstacles réels au partenariat ave les parents
Mais cette vision ne doit pas être idéalisée. Un partenariat authentique demande des conditions et elles ne sont pas toujours présentes au détriment du bien-être des personnes éducatrices et par le fait même des enfants qu’elles accompagnent.
Le manque de temps.
Les ratios élevés.
Le roulement du personnel.
L’épuisement des familles.
Les barrières linguistiques ou culturelles.
Les attentes implicites parfois inégalitaires.
On parle souvent du partenariat comme d’une responsabilité partagée. Mais le partage suppose la possibilité réelle de participer, cela exige des conditions structurelles. Bronfenbrenner nous rappelle justement que les relations ne peuvent être isolées des contextes qui les soutiennent ou les fragilisent. Si le système met les acteurs sous pression, le partenariat en souffre.
Construire un véritable village autour de l’enfant
C’est ici que revient l’idée du village. Et elle est bien plus qu’une image poétique. Elle traduit une réalité concrète : le développement de l’enfant est profondément relationnel. Il se construit dans un enchevêtrement de milieux — la famille, bien sûr, mais aussi le milieu éducatif, la communauté, les institutions et la culture — qui, ensemble, façonnent son expérience du monde. Aucun de ces espaces n’agit isolément. Ce sont leurs liens, leurs cohérences… ou leurs ruptures, qui marquent réellement le parcours de l’enfant.
Ce tissu relationnel influence profondément son développement. Construire un village, c’est donc faire un choix de société. C’est affirmer que prendre soin des enfants ne relève pas uniquement de la sphère privée, mais d’une responsabilité collective. C’est reconnaître la valeur de l’entraide, de l’inclusion, de la transmission, et de la multiplicité des liens d’attachement qui sécurisent et soutiennent l’enfant.
Et cette vision, loin d’être nostalgique, est résolument actuelle. Elle répond à une tension bien réelle de notre époque : celle de familles à qui l’on demande beaucoup, souvent trop, sans leur offrir un réseau suffisant. Aucun parent ne devrait porter seul le poids du soin et de l’éducation. Penser en termes de village, c’est commencer à corriger cela.
Une responsabilité réellement partagée
Parler de responsabilité partagée, ce n’est pas distribuer des tâches, c’est reconnaître une interdépendance.
Les parents ne remplacent pas les éducatrices et les éducatrices ne remplacent pas les parents.
Mais ensemble, ils participent à une même œuvre : soutenir l’enfant dans sa croissance. Et peut-être est-ce là le sens profond du partenariat. Non pas simplement mieux collaborer. Mais créer autour de l’enfant un monde relationnel suffisamment solide pour qu’il puisse s’y développer avec confiance.
Parce qu’au fond, le partenariat avec les parents n’est pas seulement une pratique éducative. C’est une vision de société.
Le partenariat avec les parents ne repose pas sur une répartition parfaite des rôles, mais plutôt sur une reconnaissance mutuelle entre chacun: élever un enfant ne devrait jamais être une responsabilité portée seule.
Lorsqu’on considère les parents comme partenaires, les éducatrices comme professionnelles porteuses d’expertise et la communauté comme partie prenante du développement des enfants, on dépasse la simple collaboration. On construit un environnement où l’enfant est réellement porté par un village. Et peut-être est-ce cela, au fond, la responsabilité partagée : non pas se demander qui porte quoi, mais choisir de porter ensemble ce qui compte le plus, nos enfants.
Références
UNICEF. (s.d.). Early Childhood Development. Fonds des Nations Unies pour l’enfance.
Center on the Developing Child at Harvard University. (s.d.). Brain Architecture.
Bronfenbrenner, U. (1979). The Ecology of Human Development: Experiments by Nature and Design. Cambridge, MA: Harvard University Press.
Bowlby, J. (1969/1982). Attachment and Loss, Volume 1: Attachment. New York: Basic Books.
Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978). Patterns of Attachment. Hillsdale, NJ: Erlbaum.
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). (2017). Starting Strong V: Transitions from Early Childhood Education and Care to Primary Education. Paris: OECD Publishing.
UNESCO. (2021). Right to Pre-primary Education: A Global Study. Paris: UNESCO.


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